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4 - Allemagne euro - la mort du mark, fierté de l'Allemagne d'après-guerre

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Allemagne euro - la mort du mark, fierté de l'Allemagne d'après-guerre

(08-11-2001)


DeutschMark




par Amélie HERENSTEIN

FRANCFORT (Allemagne), 8 nov 2001 (AFP) - L'Allemagne, depuis toujours le plus réticent de tous les pays européens à l'idée de changer de monnaie, s'est résignée sans passion à abandonner le mark, une devise élevée au fil des ans au rang de symbole de sa prospérité d'après-guerre.
Selon un récent sondage réalisé par l'institut Polis, 68% des Allemands "n'aiment pas particulièrement" l'euro mais disent pouvoir s'en accommoder, eu égard aux avantages supposés en termes de paiements lors de voyages à l'étranger et de comparaison des prix.
Johannes Korz, chargé de mission "euro" auprès de la Bundesbank, la banque centrale allemande, est convaincu que les progrès sont réels. "Au début, on assistait à un rejet général. Maintenant les sondages progressent et montrent que les gens s'habituent progressivement à l'idée de l'euro", dit-il. "Surtout, ils comprennent peu à peu qu'il ne s'agit pas d'une nouvelle réforme monétaire, mais d'un changement de monnaie", souligne-t-il.
Dans un pays toujours traumatisé par son expérience de l'hyperinflation dans les années 20, puis par deux réformes monétaires (1923 et 1948), la nuance est d'importance.
"Il faut comprendre que beaucoup de gens ont perdu toute leur fortune à cette occasion. Mais la peur recule, les questions des gens se font désormais plus concrètes, sur les prix, sur la falsification des billets", assure M. Korz.
Cette réticence ne date pas d'hier, en dépit de la contribution de l'Allemagne à la création de l'Union européenne. La vénérable Bundesbank elle-même ne s'est pas toujours montrée aussi enthousiaste qu'aujourd'hui vis-à-vis de la monnaie unique.
Mais les politiques n'ont pas hésité à passer en force et c'est avec 575 voix sur 615 que la mort programmée du mark a été approuvée en avril 1998 par le Bundestag.
Gerhard Schroeder lui-même, alors candidat à la chancellerie, n'avait pas hésité à soulever le "problème de la légitimité" de l'euro, notant que "pour les Allemands, le mark n'est pas seulement un moyen de paiement, mais un symbole de la reconstruction sur les ruines de la seconde guerre mondiale, de la liberté et du bien-être".
Quelques mois plus tard, le 1er janvier 1999, le mark devenait une simple décimale de l'euro, contre l'avis de près de la moitié de la population.
La pilule est particulièrement dure à avaler pour les citoyens de l'ex-RDA communiste, les "Ossis", qui n'ont eu accès qu'en 1990 à la monnaie de l'ouest après 42 ans de "rondelle d'alu", surnom péjoratif d'une devise inutilisable en dehors de ses frontières.
"Le mark est important pour les Ossis, peut-être encore plus important que pour les Allemands de l'ouest. Les Ossis sont certes déçus de leur situation économique actuelle, mais ils ne veulent pas abandonner le mark", résume ainsi Christian, un Allemand de l'Est de 29 ans.
"Monnaie forte" par excellence, quasiment au même titre que le dollar américain, le mark était de fait devenu une monnaie de réserve pour presque toutes les banques centrales de la planète, ainsi que pour de nombreux particuliers déçus par leur propre monnaie.
L'euro, qui souffre des comparaisons, de la polémique sur son taux de change avec le dollar et des craintes de hausse insidieuse des prix, ne bénéficie pas du même capital de sympathie.
Les Allemands peuvent se consoler de la disparition du mark en songeant que "l'euro parle allemand", selon la formule de certains hommes politiques lorsqu'ils négociaient en 1995 le cadre de l'Union monétaire. Celle-ci s'est largement inspirée du rigoureux modèle germanique.
D'autres ont eu recours au symbole en acquérant des pièces-souvenir d'un mark-or. La Bundesbank, qui en avait fabriqué un million au début de l'année, s'est rapidement vue débordée par la demande et n'exclut plus de lancer une nouvelle série.
ahe/ylf/pfe/lmt eaf