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Euro Disney: une longue série de revers financiers depuis sa création (DOSSIER, ENCADRE) - [enr. n° 1381] - [10-04-2007]

PARIS, 10 avr 2007 (AFP) - L'histoire d'Euro Disney, dont l'installation en 1992 en France a suscité des critiques sur l'"invasion de la culture américaine", est jalonnée de crises financières dont les petits actionnaires, privés de dividendes, font les frais.
C'est en 1985 que le groupe américain Walt Disney s'installe à Marne-la-Vallée: quelque 3,81 milliards d'euros sont investis, financés par le recours au marché et par l'emprunt.
Début 1993, le premier PDG de la société, l'Américain Robert Fitzpatrick, est remplacé par le Français Philippe Bourguignon, chargé de piloter la restructuration financière du groupe, au bord du gouffre. Euro Disney subit une perte nette de 813 millions d'euros en 1993, en raison des charges d'un lourd plan d'investissement imputé à cet exercice.
L'action, introduite en Bourse en novembre 1989 à 11 euros et qui était montée à 25 euros quelque temps avant l'ouverture du parc, entame alors une descente aux enfers. Elle vaut actuellement 0,09 euro.
En 1994, le groupe, étranglé par une dette de 3,09 milliards d'euros, opère une restructuration financière. La maison mère Walt Disney (39,8% du capital) renonce à percevoir des redevances de licence jusqu'en 1998, les banques acceptent un abandon d'intérêts et la dette est rééchelonnée.
Le groupe procède à une augmentation de capital de 882 millions d'euros à laquelle souscrit un investisseur saoudien, le richissime prince Al Walid (10% du capital).
A compter de 1995, les bénéfices sont au rendez-vous et le chiffre d'affaires ne cesse de croître.
Mais l'ouverture en 2002, dans un marché touristique affaibli par les attentats du 11 septembre, d'un deuxième parc à thème consacré au cinéma, financé par une augmentation de capital de 230 millions d'euros, replonge Euro Disney dans le rouge (-33,1 millions d'euros).
En février 2005, il faut 18 mois de négociations ardues au président de l'époque, André Lacroix, pour mener à bien, avec Walt Disney et les banques, une deuxième restructuration de la dette, réduite depuis à 1,9 milliard d'euros.
Ce sauvetage s'accompagne d'une augmentation du capital de 250 millions d'euros, destinée à financer les nouvelles attractions comme Buzz l'Eclair (2006) et la Tour de la Terreur (2008).
En 2006, Euro Disney annonce une perte nette de 73,1 millions d'euros, restant pour la cinquième année consécutive dans le rouge.
bur-bh/ros/bma
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15 ans après, Disneyland a conquis son public, mais peine à sortir du rouge
Par Brigitte HAGEMANN
PARIS, 10 avr 2007 (AFP) - La méfiance régnait lorsque le géant Walt Disney ouvrait un parc de loisirs un brin trop américain sur un ancien champ de betterave à l'est de Paris. Quinze ans après, Mickey a conquis son public, mais son royaume a connu une série de déboires financiers et conflits sociaux.
Avec 175 millions de clients depuis l'ouverture de ses portes le 12 avril 1992 à 09H01, le parc d'attractions attire "autant de visites chaque année que le Louvre et la Tour Eiffel réunis", a relevé le délégué interministériel au projet Euro Disneyland Bertrand Schneiter.
Disneyland Paris s'est imposé comme première destination touristique en Europe, attirant 12,8 millions de visiteurs en 2006, loin devant son rival français, le parc Astérix. Mais si "Disneyland est un succès commercial, c'est un échec financier", a jugé un expert du marché.
Encouragé par le socialiste Laurent Fabius, alors Premier ministre, Walt Disney a jeté son dévolu sur Marne-la-Vallée, après avoir hésité entre la France et l'Espagne.
L'Etat français a mis la main à la poche, avec 650 millions d'euros. "C'était un coup de génie. Disney a négocié la prolongation du RER et la construction d'une gare TGV", se souvient un des pionniers.
L'investissement privé a été dix fois supérieur, plombant les comptes de la jeune société, déficitaire les trois premières années, avant de commencer à dégager des bénéfices en 1995.
L'ouverture en 2002 d'un second parc à thème dédié au monde du cinéma, Walt Disney Studios, pour un investissement de 610 millions d'euros, a replongé la société dans le rouge, sans pour autant doper la fréquentation.
Dès les débuts, le climat social est à l'orage, les plaintes sur les conditions de travail se multiplient et les grèves des animateurs costumés des parades perturbent la "magie" du royaume de Mickey, sans toutefois bloquer son exploitation.
Le titre a été introduit en Bourse dès 1989, séduisant de nombreux petits actionnaires conquis à la cause de Mickey. Mais l'euphorie a vite cédé la place à la déception, avec la dégringolade de l'action qui ne vaut que 0,09 euro aujourd'hui.
Ce statut peu enviable de "penny-stock" a valu à Euro Disney en novembre les assauts de la petite holding suisse Center-Tainment, qui a annoncé une offre hostile sur la société de loisirs, sans toutefois passer à l'acte.
L'histoire mouvementée d'Euro Disney, à l'image de ses montagnes russes, est marquée par une valse des présidents: après le passage notamment de Philippe Bourguignon et Gilles Pélisson, l'Américain Karl Holz en est le sixième patron.
Deux plans de sauvetage, négociés en 1994 et 2005 avec les banques et Walt Disney, renflouent les comptes d'une société au bord du gouffre financier, réduisant la lourde dette à 1,9 milliard d'euros.
Dans l'aventure Euro Disney, "tout le monde y trouve son compte, les banques, l'Etat qui voulait attirer des investisseurs, Walt Disney qui reçoit des royalties ... mais les grands perdants sont les petits actionnaires", a commenté un proche du dossier.
Si l'usine à rêves a presque doublé son chiffre d'affaires en quinze ans à 1,088 milliard d'euros, le retour aux bénéfices, assortis de dividendes pour les actionnaires, se fait attendre.
"Il reste encore beaucoup de chemin à faire avant d'être rentables", a reconnu le directeur financier Ignace Lahoud lors de l'assemblée générale des actionnaires en février.
En attendant, un autre méga-projet, Villages Nature, se dessine à l'horizon 2010, visant à créer à proximité de Disneyland un complexe de résidences de tourisme, avec le groupe Pierre et Vacances. S'il est confirmé, ce sera le plus grand projet touristique dans la région depuis la création du parc de loisirs.
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Disneyland Paris: le social, une attraction souvent en panne (PAPIER D'ANGLE)
Par Gérard DUBUS

PARIS, 10 avr 2007 (AFP) - Si la création de Disneyland Paris a fait naître beaucoup d'emplois, la politique sociale du parc de loisirs a connu de nombreux soubresauts en France depuis quinze ans, marquée par des conflits et décisions de justice sur les salaires et le temps de travail.
"Toutes les avancées sociales qui ont pu être obtenues dans cette entreprise depuis quinze ans l'ont été soit à travers les conflits, soit à travers des décisions de justice", résume Pierre Brossard, délégué CFDT.
Du côté de la direction d'Eurodisney, on préfère mettre en avant les "40.000 à 50.000 emplois permanents directs, indirects et induits" engendrés sur la période 1992-2006 par l'activité de Disneyland Paris.
On souligne aussi la stabilité des effectifs - 13.076 personnes en 2005 -, l'âge moyen des salariés (33 ans pour une ancienneté moyenne de 5,6 années), et le fait que "90% des contrats sont à durée indéterminée".
Mais sur le terrain, les premières années ne furent pas roses pour les salariés du parc de loisirs de Marne-la-Vallée, contraints dès leur embauche à se soumettre aux règles strictes d'outre-Atlantique.
Hauteur des talons, longueur des ongles, choix des boucles d'oreilles, moustache et mini-jupe interdites, le "disney look" imposé aux employés devait être condamné en 1994 pour atteintes aux libertés individuelles et discrimination à l'embauche.
"A ce sujet, la situation n'a pas véritablement évolué sur le fond", estime David Charpentier (CFDT). Ainsi, "la semaine dernière, la direction a présenté en comité d'entreprise un projet de texte sur +les valeurs professionnelles et les règles morales+ à respecter par l'ensemble du personnel", raconte-t-il.
La direction "a une politique et une culture de conflictualité", poursuit le syndicaliste, énumérant les premières grèves de 1993 "contre un plan de 950 suppressions d'emplois" et la multitude de "micro-conflits" qui ont régulièrement affecté les personnels des 500 métiers de Disneyland Paris, sans toutefois jamais bloquer l'exploitation.
Le plus long bras de fer fut celui des "animateurs costumés" (en Mickey, Blanche-Neige, 7 Nains, etc) qui mobilisa en 1998 jusqu'à 300 personnes pour les salaires et dura 17 jours. Celui des photographes, en 2006, dura 14 jours.
L'un des derniers conflits, en septembre 2006, concernait la maintenance et a contraint la direction à revoir ses propositions pour aboutir à la signature en 2007 par les 7 syndicats d'Eurodisney d'un accord salarial "permettant le rattrapage de 3 ans de gel des salaires", selon la CFDT.
Parallèlement aux conflits, les recours judiciaires ont fleuri depuis 1992, contraignant notamment Eurodisney à "appliquer la convention collective des parcs et loisirs" (TGI de Meaux, 1998) ou "à indemniser le temps de trajet de ses salariés" (Cour d'appel de Paris 2006).
"On a encore en ce moment 250 dossiers de salariés devant les Prud'hommes pour la reconnaissance de leur temps de trajet comme temps de travail effectif", précise M. Charpentier.
Les 35 heures furent également l'occasion d'un "long bras de fer d'une année et demi de négociations, d'intimidations et de pressions", ponctué de "recours en justice et de droit d'opposition des syndicats CFDT, CFTC et Unsa", rappelle-t-il.
En décembre dernier un accord a finalement été signé sur le dernier projet d'assouplissement des 35 heures présenté par la direction.
dg/jba/mla